07 mai 2011

Fontès et tourments

"Particularisme de ce village où la vieillesse abonde : il a créé en moi la conscience de ma jeunesse, de ma capacité physique, de ma santé face à l'indigence grabataire, aux visages parcourues de crevasses, aux jambes veinées jusqu'à l'indécence, à ces dernières années vécues pour beaucoup comme un renoncement obligé, maladies et difficultés d'être ternissant l'étincelle des yeux fatigués. Mon sentiment reste ambigu face à la déchéance, à la mort immanente, face à la douceur de ce refuge où le refrain à la Brel se balance : de son chez-soi à la rue, de son chez-soi au pas de la porte puis de son chez-soi au cimetière.
L'homme se satisfait en fait de bien peu de choses. Jamais dans une mégalopole, où le pas de course est de rigueur, on ne peut éprouver avec ce relief cette douce mélancolie et l'œuvre inéluctable du temps.
Je revois les visages, de vieilles connaissances, marqués par les années, les couples et leurs nouveaux bambins. Lent, mais profond tournis en observant ces générations successives.
Reste ma propre décadence, mon ineffable déroute en relations humaines. Toujours à divaguer sur le pourquoi du comment de la chose, je gâche un sacré nombre d'instants. Dans le même temps, lorsque j'assiste aux comportements primaires, bêtifiants de cette jeunesse dont je devrais me sentir proche, cela renforce ma méfiance curieuse envers l'autre. Haine pour tout groupe mâlifiant qui nous rappelle, avec une puissance déprimante, nos origines de primates. Penchant et curiosité pour l'individu sensible, beau, intelligent, sain de corps et d'esprit, esthète peut-être. Probablement, certainement davantage porté vers la gent féminine, recherche affectivo-sexuelle oblige." (21 août 1994)

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